TENDANCE PRODUIT : Le textile intelligent

La matière qui fait parler nos vêtements

La technologie s’intègre dans notre quotidien, à tel point que nous commençons à la porter :
montres, bracelets, lunettes et même vêtements connectés.
Comment des vêtements intelligents peuvent-ils améliorer notre confort, et comment communiquent-ils ?
Quels débouchés et quelles utilisations ? 

 

Le textile intelligent est un textile capable de capter et d’analyser un signal afin d’y répondre d’une manière adaptée. Il est le plus souvent utilisé pour les vêtements intelligents, qui font partie du domaine des wearable technologies, c’est-à-dire les technologies que l’on peut porter.

Les différents types de textiles intelligents

  • Les textiles bio actifs : qui agissent sur le  corps humain de façon naturelle. Ces textiles sont assez anciens puisque dès 1953, Damart mettait au point des vêtements « thermolactyls » qui réchauffaient davantage que des vêtements classiques. Pour l’effet inverse, en 2013, Damart a mis au point des vêtements composés de microcristaux se libérant au contact de la peau et procurant une sensation de fraîcheur. Des marques comme Dim ont également développé des collants libérant des actifs hydratants pour la peau, ou encore des collants anti-moustiques.
  • Les textiles bio mimétiques : Ce sont des textiles imitant les propriétés de la nature. En étudiant la fleur de lotus, composée d’une multitude de petites structures hyper hydrophobes, autonettoyantes et imperméables, des chercheurs ont créé une matière intachable, idéale pour les tee-shirts et chemises.
  • Les textiles communicants et connectés : Il s’agit de vêtements, qui, à l’aide de capteurs, recueillent des données et les envoient à nos smartphones. Ils sont également capables de réagir à des actions commandées à distance. Ces textiles sont développés en parallèle de la fibretronique, science qui étudie l’intégration au textile de fibre conduisant l’électricité et de micro-capteurs. Des chercheurs coréens ont réussi à créer de la soie conductrice en nourrissant les vers à soie de nanotubes de carbone. De même, Mulliez-Flory et une dizaine de partenaires travaillent à l’élaboration d’un tri-composant pouvant être tricoté, teint et lavé en machine.

Vers des vêtements autonomes

Aujourd’hui, la plupart des vêtements connectés sont alimentés en énergie par des piles contenues dans des boîtiers qu’il faut détacher pour laver le vêtement. L’enjeu actuel est de créer des vêtements connectés autonomes en électricité, composés de fibres capables de fournir etde maintenir l’énergie nécessaire par les simples mouvements corporels, et pouvant être lavés tels quels.

Des chercheurs du Georgia Institute of Technology ont inventé un moyen de générer de l’électricité en portant le vêtement, en utilisant l’effet triboélectrique (génération d’énergie par frottement de deux matériaux différents).

D’autres entreprises comme la compagnie néo-zélandaise StretchSense utilise l’effet piézoélectrique pour générer de l’énergie. cet effet correspond à la propriété qu’ont certains matériaux de générer de l’énergie lorsqu’ils subissent une action contraignante. Cette entreprise a par exemple développé un coussin, intégré dans la semelle des baskets, qui génère de l’électricité lorsqu’il est comprimé, c’est-à-dire lorsque l’on marche.

Enfin, la designeuse Pauline Van Dongen a créé des robes agrémentées de capteurs solaires flexibles. En la portant deux heures au soleil, il est ainsi possible de recharger un smartphone.

Domaines d’application

Bien-être

Les textiles s’adaptent à notre environnement pour améliorer notre confort. On peut citer le foulard anti-pollution connecté WAIR. Il s’agit d’un masque redesigné comportant un filtre qui arrête les microparticules. L’accessoire est connecté à une application qui indique quand porter le masque, et quel itinéraire suivre pour être le moins sujet à la pollution.

Autre problème, autre solution : l’entreprise Wear is my boat a développé un tee shirt permettant de diminuer la sensation de mal de mer.

Les textiles intelligents et connectés peuvent également être intéressants pour les oreillers. Il serait ainsi possible de surveiller le sommeil de façon précise tout en rendant invisibles les capteurs.

Santé

Les textiles intelligents ont un avenir prometteur dans le domaine de la santé. Ils permettent de surveiller les patients à distance en collectant leurs données vitales.

Des tee-shirts peuvent mesurer la pression artérielle, la température de la peau, le taux d’activité, les capacités respiratoires, les rythmes cardiaques, mais aussi le pH de la sueur ou encore le taux d’oxygène dans le sang. Ce sont des vêtements portés par les astronautes par exemple. Dans le même esprit, BioSerenity a développé un maillot et un bonnet pour aider au diagnostic de l’épilepsie en gardant les patients chez eux.

On trouve également le bikini connecté qui envoie un SMS lorsqu’il faut remettre de la crème solaire, ou encore Mimo Body, un body permettant de surveiller l’activité cardiaque des nourrissons.

Des texticaments – des textiles où des médicaments ont été intégrés – devraient également voir le jour.

Sport

En dehors du domaine médical, les tee-shirts connectés, tout comme les brassières, présentent un intérêt pour les sportifs. Ils leur permettent de suivre en direct les efforts fournis et la réaction de leur corps.

Le recueil de données passe également par les pieds, avec les chaussures intelligentes. Celles-ci génèrent leur propre énergie grâce à un générateur dans la semelle. En plus d’envoyer les données de course au smartphone, elles peuvent également chauffer pour atteindre une température idéale, ou bien se lacer automatiquement…

Métiers

Les textiles connectés peuvent améliorer les conditions de travail dans certaines professions, et augmenter la sécurité de ceux qui les portent.

On peut citer par exemple la parka haute visibilité de Kiplay. Ce manteau imperméable peut être commandé via un smarthpone connecté en bluetooth pour le rendre plus ou moins chauffant. Il est également équipé de plusieurs séries de LED pour augmenter sa visibilité. Enfin, il permet de géolocaliser les ouvriers, et peut alerter les secours en cas d’inactivité prolongée.

L’entreprise Mulliez-Flory a développé une tenue de travail mesurant la pénibilité du travail. Des capteurs disposés sur la tenue évaluent le nombre de mouvements déclarés pénibles.

Enfin, les textiles intelligents peuvent être utilisés par des professionnels spécifiques, comme les pompiers ou les conducteurs d’engins. Pour les pompiers, l’intérêt de ces vêtements serait de détecter les émanations de gaz toxique, de radioactivité et d’élévation de température. Les conducteurs d’engins pourraient, eux, être équipés de vêtements recueillant leurs données physiques et les alertant en cas de fatigue trop importante.

Loisirs/Mode

Les textiles intelligents font leur apparition dans la mode : Spinali Design a sorti une ligne de jeans connectés, vibrant à droite ou à gauche pour indiquer l’itinéraire, ou vibrant lorsque le sac se trouve à une distance trop importante…

Levi’s et Google devraient sortir en 2017 une veste intégrant des fibres connectées, pour les cyclistes principalement. Ils pourraient ainsi d’un seul geste suivre l’itinéraire sur leur manche ou répondre à des appels, des SMS…

D’autres projets voient le jour comme les costumes intégrant la technologie NFC pour payer en approchant sa manche d’un terminal bancaire, ou encore des gilets se gonflant au rythme des likes reçus sur les réseaux sociaux.

Des puces RFID peuvent également être intégrées à la fibre du textile. Cela permet le développement des gardes-robes connectées, qui avertiraient sur la fréquence d’utilisation de certains vêtements. Les moins portés pourraient envoyer des SMS pour rappeler leur existence…

Autres textiles

Dans le domaine de l’ameublement, on trouve des draps connectés, qui vibrent pour réveiller l’utilisateur, ou des plaids changeant de couleurs en fonction de la température ambiante.

Dans la construction, des géotextiles intelligents sont utilisés. Ils peuvent par exemple ressentir les signes avant-coureurs d’un affaissement de terrain et alerter les équipes avant que celui-ci ne se produise.

Ils peuvent également être placés sous les routes ou sous les chemins de fer afin d’alerter en cas de mouvement de terrain.

L’intégration des puces RFID aux vêtements facilite la réalisation d’inventaires et peut être utile pour les professionnels qui louent des tenues afin de faciliter la gestion de leurs stocks et leur nettoyage.

Les limites

  • Acceptabilité : les vêtements connectés sont encore coûteux et leur démocratisation devra passer par une baisse de prix. De plus, les français sont méfiants quant à la récolte de données personnelles et l’accès à leur vie privée.
  • Mise en place d’un éco système : aujourd’hui pas de réel service après-vente pour réparer les puces endommagées ou recharger les vêtements. Le réseau de distribution devra également être défini.